• On l'appelle " corde du diable ", " écharde du souvenir " ou " frontière brûlante " : comment le fil de fer barbelé, outil agricole ingénieux, est-il devenu cet outil politique, symbole universel de l'oppression ? En évoquant le rôle décisif du barbelé dans trois des plus grandes catastrophes de la modernité - la conquête de l'Ouest et le génocide des Indiens d'Amérique, la boucherie de 14-18 et les exteuninations nazies -, mais aussi en dressant une cartographie de ses usages actuels (propriétés privées, prisons, frontières " chaudes " du globe), Olivier Razac analyse, dans la lignée de Foucault, la violence croissante à l'oeuvre dans la gestion politique des espaces et des populations.
    Il révèle ainsi un principe paradoxal : le succès persistant du barbelé vient précisément de ce qu'il ne tient qu'à un fil - de son austérité et de sa simplicité. La plus grande violence n'est pas forcément impressionnante, bien au contraire : les meilleurs outils d'exercice du pouvoir sont ceux qui dépensent le moins d'énergie possible pour produire le plus d'effets de domination. Le barbelé, lui-même " mur virtualisé ", a ainsi ouvert la voie à des dispositifs de contrôle de plus en plus immatériels, dont la vidéosurveillance et le bracelet électronique sont les derniers avatars...

  • La grande santé

    Olivier Razac

    • Climats
    • 13 Avril 2006

    La médecine protège un corps machine contre des accidents, des dangers et des risques. Envisagé ainsi, ce corps se voit plongé dans le temps oppressant de l'attente, de l'usure et de la prévision. Sa vie est minée par une mort omniprésente qui la grignote et une mort impensable qui la clôt. La grande santé, elle, s'exprime dans un rapport particulier à la dépense où le sacrifice joyeux vient remplacer la comptabilité inquiète ; une pensée du temps qui ne suit pas la pente de l'Inévitable dégradation mais s'éternise dans l'instant présent ; une pensée de la mort qui n'est plus l'usure fatale du corps contre laquelle on lutte sans jamais gagner, mais la décision affirmative de la haute puissance. Dès l'antiquité, la philosophie stoïcienne montre que la santé ne dépend pas de nous et que seule une extrême tension de l'âme peut permettre de se maintenir au-dessus de l'accident qu'est la maladie. La puissance éthique de cette philosophie, comme celles de Nietzsche et Deleuze bien plus tard, consiste à faire vaciller l'évidence d'une santé triste qui nous fait entièrement dépendre des caprices du destin. Ces philosophes pensent un corps qui ne se constitue qu'à travers des épreuves et des expériences périlleuses. Ce corps vit un temps immédiat et infini. La mort n'est rien pour lui, sauf une autodestruction qui est l'essence de la vie. Il s'agit d'interroger ces pensées, contre l'obsession mortifère très contemporaine de la conservation de sol et, pourquoi pas, de redécouvrir une vitalité joyeuse.

  • Olivier Razac s'interroge ici sur le destin des sociétés de contrôle dans le monde contemporain. Sa recherche, inspirée par les travaux de Michel Foucault, Gilles Deleuze et Félix Guattari, s'attache à des objets triviaux (le bracelet électronique, le GPS, telle émission de téléréalité) pour en faire de véritables objets de pensée.

  • À la fin du XIXe siècle, un nouveau genre d'animal trouve sa place dans les zoos occidentaux : l'homme «sauvage» d'Afrique, d'Océanie ou d'ailleurs. Dans un décor de cases et de palmiers, Pygmées et Canaques sont exhibés au public. Ce qu'on attend de ces corps domptés et enfermés derrière des grilles, c'est justement d'offrir le spectacle d'une nature intacte.
    Des zoos humains d'autrefois aux shows télévisés d'aujourd'hui, des expositions coloniales à Loft Story, Olivier Razac met au jour une étrange proximité. Ce n'est plus le sauvage domestiqué qu'on expose, c'est la vie quotidienne des «gens authentiques». De même qu'il s'agissait de produire une image rassurante de l'homme exotique, il s'agit désormais de domestiquer nos vies.
    «Voir et être vu» : tel est ce mode d'exposition des corps où l'acteur et le spectateur tendent à se confondre. De ces nouveaux éclairages sur l'histoire du spectacle, Olivier Razac tire une stratégie de riposte à la standardisation et aux mimétismes contemporains.

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