• Ce remarquable volume se propose, en quelques chapitres très clairs, de couper court aux pires bêtises qui circulent encore sur Jeanne. Car depuis plusieures années, les recherches ont permis d'établir de façon scientifique et incontestable la vie de la « Pucelle d'Orléans ». Face aux hypothèses sensationnalistes que l'on peut lire ou entendre encore, Colette Beaune, avec la rigueur et l'exigence d'une grande historienne, rétablit ici la vérité : Jeanne fut-elle bergère ou fille d'un roi caché? Avait-elle des pouvoirs spéciaux puisqu'elle a été condamnée pour sorcellerie ? A-t-elle vraiment libéré le royaume ? A-t-elle fait couronner le roi de France à Compiègne ? Était-elle vierge ? A-t-elle péri sur le bûcher ?
    Un livre utile et passionnant pour les curieux...

  • Morte à moins de vingt ans, Jeanne occupe une place à part dans l'histoire de France. Reprenant sa vie depuis sa naissance jusqu'à sa réhabilitation en 1456, Colette Beaune s'interroge sur l'image de cette petite paysanne dans le monde médiéval. Son étude conduit à bien des mises au point. Une réévaluation politique d'abord. Même si son dévouement au roi est total, la Pucelle est autant à inscrire au sein d'un parti politique - les Armagnacs - que de la nation France. Une réévaluation religieuse ensuite. Jeanne est dans la lignée du prophétisme féminin. Avant elle, d'autres femmes ont prétendu pouvoir sauver la France. Aucune n'a eu l'obstination de Jeanne.
    Enfin, Jeanne brouille les limites sociales - paysanne, elle a fait carrière à la Cour -, sexuelles - vêtue en homme, elle fait la guerre -, ou celle du profane et du sacré - elle prêche et crée des objets sacrés. Ce charisme féminin est la source d'un pouvoir informel qui finira pas gêner, même ceux qu'il avait servi.
    Cette biographie passionnante et novatrice a reçu le prix du Sénat du livre d'histoire.

  • La naissance de la nation française est l'un de ces grands sujets qui, depuis plus d'un siècle, ont passionné des générations sensibilisées par trois guerres.
    Colette Beaune le renouvelle de manière décisive par l'analyse de l'image de la France telle qu'on la voit, qu'on l'aime ou qu'on la rêve en cette fin du Moyen Âge. La France de l'imaginaire national et monarchique, c'est-à-dire de ce qui n'a d'existence que dans les esprits et les coeurs.
    Trois volets : d'abord l'histoire comme forme de conscience de soi et justification du présent par le passé, la façon dont la matière de France, à partir du XIIe siècle, l'a progressivement emporté sur la matière biblique et la matière de Rome dans la fascination des savants et des clercs. Ensuite, le sacré, c'est-à-dire le lien d'élection qui a fait de la France le peuple de Dieu, par l'intercession de saint Denis, Saint Louis et saint Michel. Enfin, et pour la première fois ici analysés, les signes et symboles à une époque où les lys et la croix blanche nous tiennent lieu de Marianne et de bonnet phrygien, où les lettrés voient dans la loi salique et la «langue françoise» des traits spécifiques de la nation, où le peuple déchiffre dans l'arbre et le jardin du Paradis l'image du territoire, et dans la princesse idéale la collectivité des habitants.

  • Le grand Ferré

    Colette Beaune

    • Perrin
    • 14 Mars 2013

    Le Grand Ferré était connu de tous les Français à l'aube des années 60, occupant une place de choix à l'école élémentaire. Son histoire apparaît dès 1360 en pleine guerre de Cent ans sous la plume d'un frère mendiant né près de Compiègne. Il raconte comment les paysans du lieu ont réussi grâce à la force herculéenne du Grand Ferré à repousser les mercenaires anglais qui avaient assailli leur village pour le piller. La France traverse alors une crise terrible. Depuis le début du siècle, un climat particulièrement rude engendre de mauvaises récoltes affamant les populations. A cela s'ajoute la grande peste qui sévit en 1348, tuant le tiers des Européens. Le roi (Jean II) est prisonnier des Anglais et à Paris, le jeune régent est contesté par Etienne Marcel. De nombreux soulèvements paysans se déchaînent alors contre les nobles. La bravoure du Grand Ferré illustre d'emblée le courage du peuple qui, abandonné par les élites, se prend en charge lui-même. Pour les élites, cette revendication a le parfum du soufre.
    Pour retrouver la vérité du Grand Ferré, Colette Beaune a mené une véritable enquête. L'historienne est allée sur place, en Picardie où la popularité du paysan est encore intacte. Elle a retrouvé sa trace la plus ancienne dans les fonds d'archives d'une abbaye et suivi le fil de son histoire... jusqu'au XIXe siècle. A l'aube de la Troisième république, Michelet fait de sa bravoure légendaire l'acte de naissance de la nation France. Désormais, les historiens le mobilisent pour tous les combats patriotes du roman national : symbole de la Revanche après 1870 (sous les traits de Gambetta), ou défenseur des pauvres contre toutes les formes d'oppressions. Jaurès était lui-même surnommé le Grand Ferré... Durant la guerre 39-45, les résistants du Beauvaisis se placèrent sous son patronage. D'âge en âge, le Grand Ferré aura incarné la force du Non en France.

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