Jérôme Bastianelli

  • Né à Barcelone en 1893, Federico Mompou est aujourd'hui considéré comme l'un des compositeurs les plus atypiques du XXe siècle. A l'écart de toute école, il a su bâtir patiemment une oeuvre reconnaissable entre toutes par sa générosité mélodique et sa saveur harmonique, par sa nostalgie et sa concision. Cet ouvrage est l'occasion de découvrir la personnalité tendre et attachante qui se cache derrière le caractère discret de celui en qui l'on vit un successeur de Debussy ou que l'on surnomma Frédéric II en référence à un Chopin avec lequel il partagea bien des traits.

  • Pour le biographe, Bizet représente un cas un peu particulier. Durant sa vie, hélas trop courte, on ne note rien de très aventureux, à l'exception de son long séjour en Italie en tant que lauréat du prix de Rome et de son enrôlement, en 1870, dans la Garde nationale.
    Mozart et Mendelssohn moururent également avant d'atteindre quarante ans, mais leur existence est riche en événements, en voyages et en rencontres décisives. Rien de tout cela chez Bizet. Ce qui fait l'intérêt de son parcours, ce sont les doutes, les renoncements, pour ne pas dire les compromissions qui le parsèment, jusqu'à son chef-d'oeuvre final : Carmen.
    On en vient à se demander ce que Bizet aurait été s'il n'avait pas négligé, dans sa jeunesse, ses dons de compositeur pour orchestre, illustrés par la magie de sa Symphonie en ut. Ou ce qu'il serait devenu s'il n'avait pas dénigré sa virtuosité pianistique, rare talent qui lui aurait ouvert les portes de toutes les salles de concert et de tous les salons aristocratiques s'il avait accepté d'en faire profiter le public. Ou encore ce qu'auraient pu être ses succès s'il avait persévéré sur la voie de l'opérette et de «l'art pur et facile», voie qui, à l'instar d'Offenbach, le tenta pendant un temps. Bizet, malgré ses facilités artistiques, passa sa vie à chercher la clé de la réussite, écartant plus ou moins inconsciemment celles que la vie lui tendait. Articulé en quatre chapitres, ce portrait reprend, avant d'analyser l'avènement des chefs-d'oeuvre que sont L'Arlésienne et Carmen, chacune de ces possibilités avortées, classées par genres musicaux : symphoniste de génie, pianiste virtuose, compositeur lyrique indécis. À chaque étape de ce parcours, on voit apparaître des signes semblant annoncer Carmen. Méfions-nous, pourtant, d'une lecture a posteriori, qui ne verrait dans la vie de Bizet qu'un tortueux cheminement vers le chef-d'oeuvre. Cherchons-y au contraire les traces de ce qu'auraient été les oeuvres géniales qui seraient venues après Carmen si Bizet n'était pas mort si tôt.

    Comme tous les volumes de la collection Classica, ce Bizet est enrichi d'un index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

  • Tchaïkovsky

    Jérôme Bastianelli

    Ce portrait de Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) relève d'un parti pris : plus encore que sur le récit d'une vie, il repose sur l'histoire d'une mort. Plusieurs raisons ont conduit à ce choix narratif. Tout d'abord, les conditions mystérieuses du décès du compositeur demeurent l'une des plus fameuses énigmes de l'histoire de la musique. Cette ténébreuse affaire oppose toujours, parfois violemment, les tenants de l'hypothèse officielle - la contamination par le choléra - à ceux qui suspectent un suicide. D'autre part, la thématique de la mort, et plus généralement celle d'un destin inexorable, imprègne l'essentiel de l'oeuvre du grand musicien russe. On la retrouve dans les symphonies aussi bien que dans les opéras ou la musique de chambre, voire dans les célèbres ballets.
    Plus généralement, la mort de Tchaïkovski constitue un prisme permettant d'aborder sa personnalité artistique et psychologique. L'émotion populaire causée par son décès conduit à étudier la place centrale, au sens propre, qu'il occupe dans l'histoire de la musique russe ; le scandale de moeurs qui aurait pu le conduire au suicide invite à s'intéresser à son homosexualité et à l'influence qu'elle a pu avoir sur son travail ; la fragilité psychique qui aurait rendu possible un passage à l'acte mérite d'être appréciée au regard de la violente crise qui suivit son mariage, laquelle éclaire en outre sur ses relations avec les femmes. L'histoire de cette mort énigmatique offre aussi l'occasion d'évoquer les voyages incessants du compositeur, le soutien durable et inattendu qu'il reçut d'une riche baronne et le goût prononcé qu'il porta à Mozart. Enfin, et surtout, on aura essayé de faire partager l'émotion inaltérable que l'on ressent face à une oeuvre d'une richesse mélodique stupéfiante, d'un souffle lyrique irrésistible et d'une finesse orchestrale réellement sans pareil.

  • Il fut, selon Friedrich Nietzsche, "le bel incident de la musique allemande". La destinée avait effectivement été généreuse avec Félix Mendelssohn (1809-1847), couvrant de dons, de richesses et de bonheurs cet enfant prodige, plus génialement précoce encore que Mozart : à dix-sept ans, il avait déjà écrit deux de ses plus purs chefs-d'oeuvre, l'Octuor à cordes et l'ouverture du Songe d'une nuit d'été. A l'inverse, la postérité fut bien injuste avec Mendelssohn. Adulé de son vivant, le compositeur passait pour quantité presque négligeable quelques années seulement après sa mort. Or, ce jugement, qui finalement n'a pas grand-chose à voir avec sa musique, persiste encore aujourd'hui. La réalité est naturellement un peu plus complexe, comme cet essai tente de le montrer. Classique ou romantique ? Novateur ou conservateur ? Miniaturiste ou bâtisseur de fresques ? Magicien ou prophète ? Mendelssohn est bien tout cela à la fois, et sa musique présente une diversité que nombre de ses contemporains auraient pu lui envier. La vie du compositeur fut en outre des plus trépidantes et, n'était-ce sa brièveté, on aurait bien aimé la vivre. En quatre chapitres thématiques, la Féerie, les Voyages, la Foi et le Bonheur, Jérôme Bastianelli en a traduit les aspects essentiels. Et sait faire partager la joie inaltérable que nous procure cette oeuvre ardente et soignée. Comme tous les volumes de la collection "Classica", ce Félix Mendelssohn est enrichi d'une chronologie, d'une bibliographie, d'une discographie et d'un index.

  • John Ruskin (1819-1900) occupe une place importante et singulière dans l'Angleterre du xixe siècle. Il commença sa carrière comme critique d'art, en défendant notamment Turner et les préraphaélites, avant de s'intéresser à l'économie politique et aux réformes sociales que rendait indispensables à ses yeux l'industrialisation de son pays. Sur certains points, comme la dénonciation du risque de changement climatique en raison des activités humaines, Ruskin fut d'une étonnante clairvoyance. Sa prose enthousiaste, parfois vindicative, souvent surprenante, garde aujourd'hui une force de conviction intacte.
    Proust découvrit l'oeuvre de Ruskin en 1899 et consacra sept années de sa vie à l'étudier. Il voyagea sur les traces de l'écrivain anglais, à Venise, Padoue, Rouen, Amiens et Abbeville. Il écrivit plusieurs articles pour faire connaître aux lecteurs français ce penseur qui le fascinait. Et, surtout, il s'employa à traduire deux livres de Ruskin : La Bible d'Amiens, cathédrale historique et littéraire édifiée à la gloire de celle d'Amiens ; Sésame et les Lys, qui réunit deux conférences de Ruskin, l'une sur la nécessité fondatrice de la lecture dont il déplore, déjà, la désaffection chez les Anglais, et l'autre sur la place de la femme dans une société en pleine mutation.
    Grâce à Ruskin, Proust put réfléchir à de nombreux thèmes qui vinrent ensuite nourrir l'écriture de À la recherche du temps perdu. Le rôle de la mémoire, l'influence néfaste de l'habitude, la vacuité de la vie mondaine, la passion pour la peinture et pour l'architecture religieuse, le goût pour l'étymologie des noms de lieux, l'envie de voyager à des fins esthétiques et culturelles, la nécessité pour l'artiste d'adopter une stricte discipline de travail : tous ces éléments du roman proustien se trouvent déjà chez Ruskin. Les discussions du Narrateur avec le peintre Elstir, son voyage à Venise, sa contemplation attentive de l'église de Balbec ou de celle de Combray sont autant de sujets, parmi d'autres, dont on trouve une trace dans les travaux ruskiniens de Proust. De nombreux personnages du roman partagent des traits de caractère avec Ruskin. Et même le style de l'écrivain, avec ses phrases sinueuses et poétiques, montre quelques points communs avec celui du penseur britannique.
    Plus précisément, les deux traductions furent pour Proust l'occasion d'une véritable confrontation avec la pensée de Ruskin. Grâce aux notes abondantes qui accompagnent son travail, Proust crée une sorte de dialogue avec son aîné, et met en oeuvre ce principe qu'il décrit clairement dans la préface de La Bible d'Amiens : « Il n'y a pas de meilleure manière d'arriver à prendre conscience de ce qu'on sent soi-même que d'essayer de recréer en soi ce qu'a senti un maître. » Ainsi, les travaux ruskiniens de Proust peuvent être vus, en quelque sorte, comme ses « années d'apprentissage ».

  • Vinteuil est le musicien le plus célèbre de la littérature française. «  Le  » musicien d'A la recherche du temps perdu, l'auteur de la fameuse sonate, celui qui a une fille lesbienne et sacrilège... Il demeure pourtant un grand inconnu, puisque Marcel Proust ne donne que de très rares informations à son sujet. Son nom est plus célèbre sa vie. Sa vie, précisément. A partir du peu que raconte Proust, et, plus encore, de ce qu'il ne raconte pas, La vraie vie de Vinteuil imagine quel a été le parcours de ce mystérieux compositeur. Sa vraie vie. Celle que l'auteur de La Recherche n'a pas connue. A-t-il eu connaissance de tout ? Ce grand espion n'aurait-il pas manqué d'informations  ? A-t-il par exemple su que Vinteuil est le fils illégitime du curé de Combray  ? Et tant d'autres secrets  ?
    Se fondant sur l'histoire politique et musicale du XIXe siècle que Jérôme Bastianelli connaît particulièrement bien, lui qui a écrit les biographies de Berlioz et de Mendelssohn, son roman raconte dans quelles conditions Vinteuil a été amené à écrire sa si novatrice Sonate pour violon  ; comment sa fille a rencontré la sulfureuse amie avec qui elle a entretenu une liaison scandaleuse  ; comment le jeune Proust en est arrivé à s'intéresser à lui. Musique, littérature, révolution de 1848, guerre de 1870  : la vie artistique et politique de la France forment l'arrière-plan du portrait de cet artiste incompris à qui il est enfin rendu justice.
    Un premier roman brillant et surprenant, qui, si on n'a pas lu Proust, peut se lire comme la biographie imaginaire d'un grand musicien et qui, si on l'a lu, se révèle comme une délicieuse interprétation critique d'un des plus grands romans du XXe siècle, que n'aurait pas reniée Marcel Schwob, l'auteur des Vies imaginaires.

  • Ce dictionnaire référence les convergences entre Ruskin et Proust : sont ainsi examinés, entre autres, les villes, les peintres, les monuments que celui-ci a connus grâce à celui-là ; les thèmes par lesquels s'exprime leur affinité ; les auteurs qui ont analysé cette influence essentielle.

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